28 March 2025

Temps de lecture : 3 min

Derrière la disparition des logos des chaînes, la grande offensive de France Télévisions

Le 6 juin prochain, à la faveur du changement de numérotation sur la TNT, France Télévisions va opérer une importante transformation, en regroupant ses chaînes historiques sous la bannière france.tv. Mais ce n’est que l’arbre qui cache la forêt: le groupe public va également renforcer son offre numérique pour consolider ses positions sur le marché du streaming gratuit, dont il revendique le statut de leader en France, face à TF1.

“Le 6 juin marquera une nouvelle exposition renforcée et inégalée de l’exception culturelle française à la télévision autour de notre marque étendard: france.tv”, a annoncé Delphine Ernotte Cunci, la PDG de France Télévisions, dont le mandat s’achève le 21 août prochain, et qui devrait être candidate à sa propre succession. Dans la foulée des lancements réussis de TF1+ et M6+ en 2024 et en attendant l’arrivée annoncée de RMC+, France Télévisions a donc décidé de muscler encore un peu plus sa marque france.tv et la plateforme BVOD (“Broadcaster Video On Demand”) du même nom. 

Gagner en cohérence et en visibilité

Premier changement visible: à partir du 6 juin, les logos de France 2, France 3, France 4 et France 5 disparaîtront des écrans pour laisser place à une marque unique, france.tv. Ce rebranding coïncidera avec la nouvelle numérotation de TNT. Pour la première fois, les quatre chaînes historiques du groupe se succéderont sur les canaux consécutifs 2 à 5, tandis que franceinfo rejoindra le canal 16. Autant de changements qui pourraient perturber les téléspectateurs, mais que France Télévisions espère compenser par des gains en termes de visibilité et de cohérence, dans un paysage de plus en plus fragmenté.

Le groupe public prépare cette bascule depuis plusieurs années. Après le lancement de la plateforme france.tv en 2017, puis le regroupement des comptes sociaux sous cette même bannière en 2023, cette nouvelle étape vise à créer une identité forte et cohérente capable de rivaliser avec les géants du streaming payant (Netflix, Amazon Prime Video, Max, Disney+) et gratuit, dans un contexte où les audiences, comme les revenus publicitaires, migrent du linéaire vers le digital. 

Une concurrence au coude-à-coude

Porté par les nouveaux usages, le marché de la BVOD est d’ailleurs en plein boom, tant en audiences qu’en revenus. Sur la publicité, sa croissance a été de 33% en 2024, selon les chiffres de l’Observatoire de l’e-pub SRI, réalisé par Oliver Wyman, en partenariat avec l’Udecam. Des performances qui s’expliquent par les lancements réussis de TF1+ et M6+, et, côté France Télévisions, par le succès des Jeux Olympiques Paris 2024.

Ainsi, la plateforme france.tv rassemble déjà 36 millions de visiteurs uniques mensuels: elle revendique à ce titre le statut de première plateforme de streaming gratuite en France… Mais c’est également le cas de TF1+, qui annonçait le mois dernier “près de 100 millions d’heures vues sur la plateforme en janvier, soit un total d’heures vues supérieur de 22% par rapport à son premier concurrent”, ainsi qu’un “reach mensuel de 35 millions de streamers en janvier 2025, en hausse de 11% vs janvier 2024”.

Devenir l’agrégateur de référence de l’audiovisuel public français

Face à cette concurrence au coude-à-coude, france.tv entend maintenant devenir l’agrégateur de référence de l’audiovisuel public français, afin d’élargir son catalogue et ses audiences. Après l’intégration des contenus d’Arte à l’automne 2024 (également présents sur TF1+), la plateforme accueillera dès avril une sélection des meilleurs contenus de l’INA, puis en juin les chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat), et enfin en juillet TV5 Monde et France Médias Monde.

De nouveaux dispositifs interactifs, comme la ”Fan Zone” qui a rassemblé plus d’un million de Français pendant les Jeux de Paris 2024, seront également déployés, notamment pour Roland-Garros en mai prochain. L’été 2025 marquera également le lancement d’un ambitieux “Eté des festivals” qui fera de france.tv “la plus grande scène culturelle gratuite” du pays, avec la couverture de plus de 20 festivals et 80 captations, du théâtre d’Avignon aux Francofolies en passant par les Vieilles Charrues. France.tv intégrera également une nouvelle verticale “musique”, “pour faire gagner en puissance et en visibilité la profondeur de cette offre, en particulier les captations de concerts.”

Une “personnalisation de service public”

Pour tenir la comparaison face à Netflix ou Amazon Prime Vidéo, France.tv mise également sur des évolutions techniques et UX. Depuis février 2025, une nouvelle identité visuelle a été déployée sur tous les environnements connectés afin de “mieux guider [les] publics”, grâce à “de nouveaux codes pour rendre l’identité visuelle de france.tv plus dynamique, ergonomique et faciliter la navigation dans toute la diversité de l’offre.” 

La plateforme veut également s’appuyer sur “une personnalisation de service public”, qui allie “éditorialisation des contenus et préférences individuelles”. Concrètement, l’enjeu est de proposer des expériences adaptées à chaque utilisateur, “permettant de découvrir des contenus au-delà de leurs attentes initiales”. C’est là toute la difficulté de l’exercice: reprendre les codes des plateformes internationales, tout en cultivant la singularité du service public.

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